Digital Trends

L’Open Banking : comment les tierces parties peuvent bénéficier de la nouvelle réglementation financière européenne

Lars Markull •  4 mai 2018

Levez la main si vous avez déjà entendu ces phrases quelque part en Europe :

« Les consommateurs font confiance aux banques uniquement pour des services bancaires, mais pas pour d’autres prestations comme le conseil ! » « Seules les banques peuvent créer des services financiers pour les clients particuliers. » « Les services bancaires sont d’un ennui total, car c’est l’expérience que les consommateurs en ont ! »

Cela vous semble familier ? Ce sont des remarques que j’ai entendues chez des professionnels du secteur dans toute l’Europe il y a quelques années. Le secteur bancaire en Europe a adhéré à ces principes particulièrement longtemps car il n’existait aucun exemple à l’époque qui venait les contredire.

L’absence de contre-exemple ne signifiait cependant pas que les hypothèses étaient valides, mais plutôt que des facteurs externes empêchaient de les tester, et de prouver qu’elles étaient erronées. Le système bancaire européen fonctionnait sur la base d’hypothèses non vérifiées.

La mise à l’épreuve de ces hypothèses provient d’une source inattendue : le régulateur financier. La nouvelle Directive sur les services de paiement 2 (ou DSP2) est en train de transformer le monde bancaire. Cette directive est devenue loi dans la plupart des pays européens en janvier 2018, mais son principal effet se fera sentir mi-2019. C’est à ce moment-là que les banques devront proposer des interfaces permettant à des tiers d’accéder à des données bancaires et fonctionnalités de paiement liées aux comptes bancaires.

Comment la DSP2 génère une nouvelle concurrence sur le front des produits bancaires numériques

La DSP2 s’insère dans le mouvement plus général de « l’Open Banking », qui met à la disposition de tierces parties des données jusqu’alors inaccessibles. De nombreux pays du globe suivent l’exemple de l’Union européenne pour une raison très simple : afin de favoriser la concurrence dans le secteur des services bancaires.

Durant trop longtemps, les institutions financières ont bénéficié de barrières à l’entrée et ont pu de manière consciente ou inconsciente éviter toute innovation. La nouvelle législation permet davantage de concurrence à jeu égal entre les acteurs historique (ex : les banques) et les nouveaux arrivants (ex : startups de la FinTech ou acteurs d’autres secteurs).

Face à une concurrence toujours plus forte, les banques et startups FinTech doivent imaginer des produits et procédés entièrement nouveaux pour répondre à des problèmes existants. Un nouveau service doit être conçu à 100 % pour le digital car le consommateur n’acceptera tout simplement plus des produits qui sont simplement de jolies pages d’accueil basées sur des processus manuels et lents.

Dans la bataille qui oppose les nouveaux arrivants agiles aux mastodontes du secteur, le combat le plus rude visera à déterminer qui possédera l’interface front-end du futur. Le responsable de l’interface front-end aura la possibilité unique de communiquer avec son client final au quotidien. Cette option n’a historiquement jamais été exploitée par les banques, mais est l’une des forces des entreprises du secteur des technologies.

Même si « juste proposer une interface front-end » n’implique pas de monétisation à court terme, les possibilités après une croissance utilisateur importante (et plus important encore, des interactions quotidiennes) sont colossales. Les banques ne peuvent pas et ne doivent pas perdre ce combat, car jouer le rôle du « bête fournisseur d’infrastructure » réduira leur options et leurs opportunités de ventes croisées. Elles savent également très bien que des acteurs agiles peuvent créer des prototypes et lancer des services bien plus rapidement et sont donc plus susceptibles de remporter la partie.

La DSP2 est la première étape permettant à de nouveaux acteurs du monde bancaire de proposer un front-end pour des services bancaires et d’accéder à des données bancaires ou provenant d’autres fournisseurs de données. Mais quelle est la stratégie idéale pour adopter ce changement de réglementation ? Ce n’est pas parce que l’accès devient ouvert et que les obstacles n’existent plus et que tout sera simple.

Le respect des réglementations, les exigences élevées en matière de fonds propres et une structure complexe de fournisseur de service demeurent d’importants défis à relever pour les jeunes startups. Cependant, 2018 pourrait bien être l’année où les entreprises innovantes tirent parti des changements de régulation dans le monde bancaire.

Un processus en trois étapes pour les nouveaux des FinTech

Toute entreprise ou startup qui envisage de se lancer dans l’univers bancaire doit intégrer les trois étapes suivantes dans son processus de création.

a) Lire et comprendre la réglementation Cela peut sembler aller de soi, mais vous seriez surpris de voir à quel point le niveau de maîtrise de la DSP2 diffère d’un acteur à l’autre dans le secteur. D’une part, la DSP2 abolit les frontières et fournit aux tierces parties l’accès à des données financières, mais il est important de comprendre quels comptes bancaires et quelles données financières deviendront disponibles, et par conséquent quelles idées peuvent réellement marcher.

D’autre part, la DSP2 est souvent considérée comme une réglementation anti-banque et pro-startup, mais tel n’est pas le cas. Les startups et fournisseurs tiers doivent être en conformité avec la loi, ce qui dans la plupart des cas passe par une licence DSP2 (en fonction du pays et de l’offre exacte de service). Pour les nouveaux acteurs et ceux qui exercent dans d’autres secteurs, il s’agit d’un nouvel obstacle introduit par la DSP2.

b) Se rapprocher des acteurs du secteur Malheureusement, la lecture de la réglementation et des documents complémentaires n’apporte que la moitié des informations. Un contact direct avec les acteurs du monde bancaire est donc crucial si l’entreprise souhaite leur vendre un service. Plusieurs facteurs entrent en jeu, mais le principal est que ces entreprises sont bien plus à même d’évaluer l’impact de la nouvelle réglementation.

Car, bien plus importante que la réglementation elle-même, est la mise en œuvre de celle-ci et son adoption par les acteurs du secteur. Cette étape est particulièrement critique pour les équipes et les entreprises qui n’ont pas d’expérience dans la banque.

c) Suivre les autres secteurs Après avoir compris la réglementation elle-même et sa perception par les acteurs de la banque, la dernière étape clé est d’intégrer aux développements les tendances d’autres secteurs. Le monde bancaire en Europe a toujours été cloisonné et les changements à l’œuvre dans d’autres secteurs ont toujours mis longtemps à intégrer le monde de la banque. Cependant, cette tendance est en train de changer et quiconque lance un service bancaire doit également regarder ce qui se passe ailleurs. Des concepts comme le RGPD, la blockchain et la Voix du client ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Toute nouvelle réglementation ouvre de nombreuses possibilités et la DSP2 est probablement celle qui présente le plus d’opportunités. Les processus de création classiques peuvent être d’une aide précieuse pour identifier les besoins des clients et développer de nouveaux produits. Cependant, lorsqu’une idée se rapproche d’une réglementation financière, l’équipe doit prêter une attention toute particulière aux étapes mentionnées ci-dessus.

Il peut être assez facile d’être un pionnier et la maîtrise de cette réglementation est une arme puissante. Mais les opportunités attireront également d’autres acteurs et la rapidité est souvent l’un des facteurs clés de succès. Ces trois étapes peuvent être très utiles pour identifier plus rapidement des idées pertinentes et les mettre en œuvre.